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Tadhg
Je passe le plus clair de mes nuits à nourrir
Des regrets et revivre
Un passé trop présent, je m'ennuie à mourir
Donc je m'occupe à vivre.
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La Toussaint est une sorte de Saint-Valentin pour les morts :
on offre des fleurs une fois par an pour montrer qu'on pense à quelqu'un qu'on n'a pas su ou qu'on ne sait pas aimer le reste du temps. Pour Halloween, il faut faire peur pour avoir des sucreries
: des bonbons ou je te jette un sort. Je ne veux ni bonbons, ni de mal aux gens, néanmoins je vous propose une histoire effrayante ('fin pas trop) et certifiée 100% authentique
(même si la phrase de conclusion entre guillemets n'engage que moi...)
Lorsque des parents, peu soucieux du bien-être d’autrui, « infligent la vie » - pour reprendre la formule utilisée par le Vicomte de Chateaubriand - à leur progéniture, s’imaginent-ils, ces acrobates de la partie de jambes en
l’air non protégée, quels tourments sont-ils en train de transmettre au, plus pour longtemps, joyeux bébé !? Je ne me souviens plus guère de mes
premiers temps sur cette Terre. Est-ce vraiment important ? Pour vous, peut-être pas, mais pour moi, ça l’est (ou sucré…) ! Les événements du jadis expliquent nombre de comportements du de nos jours. Quand j’avais cinq ou six ans
d’âge, j’avais une peur bleue d’aller dormir dans la nuit
noire et donc blanche pour le garçonnet que je fus. La raison en était simple : j’étais persuadé qu’un
ogre voulait me manger (on ne rigole pas !). Dès que la lumière se fermait et que mes yeux s’éteignaient (ou l’inverse), je percevais clairement les pas du monstre nocturne. BAM BAM BAM ! Le bruit était sourd et régulier comme celui de la pendule dont les secondes semblaient
rythmer l’allure de mon empêcheur de dormir. Je me réfugiais, tête comprise, sous mes couvertures en essayant de me faire le plus plat possible pour
qu’il ne remarque pas ma présence grâce à ses yeux que je pensais sombres, et en respirant en apnée pour que ses oreilles que j’imaginais immenses comme ma peur et pointues comme cette description n’entendent ma respiration. Au cas où il me
trouvait, j’avais pris soin de laisser en évidence ma peluche pour me laisser le temps, pendant qu’il
ingurgiterait mon compagnon d’enfance (et d’adolescence, mais ça, est-ce bien raisonnable de vous le
dire ?…) de courir jusqu’au lit parental où mon père, voire ma mère, aurait été en mesure de me
défendre. A chaque fois que le jour plongeait dans ses ténèbres, je me noyais dans mon délire. Ma joue se posait à peine sur l’oreiller que
l’ogre réapparaissait. Je voyais très bien son parcours : il suivait le chemin inverse de celui que j’effectuais pour me rendre à l’école primaire. Il partait de ma classe, arpentait les rues de ma jeunesse et s’approchait de notre quartier, puis, à une cadence de plus en plus vive, de notre maison. Il aurait pu continuer sa route, mais d’un pas toujours plus ferme et décidé, il semblait m’avoir ciblé. L’entrée,
le couloir, ma chambre, mon lit… et je me réveillais à l’aube sans m’être rendu compte de m’être endormi. Plus tard, ce cauchemar de pré-sommeil (puisque j’étais conscient, je vous le rappelle) disparut. C’est alors, qu’une dizaine d’année après ces faits,
en pleine période adolescente, me couchant en prenant dans mes bras mon amour, ma petite amie, ma compagne, ma dulcinée, mon amante… c’est-à-dire ma
fidèle peluche, le phénomène puéril se reproduisit. L’ogre de mon passé ressuscitait dans mon présent. Plus fort, plus courageux et plus viril
qu’autrefois, ou devrais-je dire moins faible, moins trouillard et moins femmelette qu’auparavant, je
cherchais alors à résoudre le mystère de ce bruyant et effrayant personnage qui revenait me hanter. Mon imagination était intacte, je fermais les yeux, la joue posée sur l’édredon et ses pas résonnaient de nouveau dans ma tête. Cette fois-ci, plutôt que de remettre mon courage à demain, je le pris à deux mains. Plus question de me
dissimuler sous mon abri de coton. Je restais bien visible, protégeant mon épouse (vous savez de qui je parle) et étant près à en découdre avec mon ennemi. Les minutes passaient, les pas
s’accéléraient et ralentissaient et aucun ogre à l’horizon. Pourtant, j’étais sur mes couvertures et j’étais sûr qu’il était là, derrière la
porte, à m’attendre. Je bondis hors de mon alcôve, ouvris la porte du secret et… rien ! Pas
d’ogre et plus de pas. Je retournais près de ma douce effrayée pour la rassurer, j’abandonnais mon
crâne au polochon et, quelques minutes plus tard, le bruit reprenait de plus belle. Je relevais la tête, le bruit cessait, je la posais, il recommençait et ainsi de suite… Vous avez donc saisi la clé de l’énigme… Quoi !? Vous ne comprenez toujours pas !? Laissez-moi vous déchiffrer la solution. L’ogre de mon enfance n’était autre que le fruit de ma fantaisie involontaire. Ce fruit a besoin d’un arbre, et cet arbre n’était autre que ces BAM BAM BAM qui agitaient mon être. Où cet arbre prenait racine ? Dans ma
poitrine ! L’ogre : c’était mon cœur ! N’avez-vous jamais
perçu vos battements cardiaques en couchant négligemment votre oreille sur votre oreiller ? C’est ce qui arriva à ce frêle enfant imaginatif qui fût
l’ancêtre de ma vie. Vous allez me dire : « Et en quoi cet événement de ton jadis explique ton comportement de ton de nos jours ? ». Et je vous répondrai, avant d’aller chercher un sommeil qui me fuit toujours autant : « Mon cœur ne bat pas vite parce que j’ai peur… mais j’ai
peur quand il bat trop vite… »
Sur ce, veuillez agréer, cher ogre, chers lecteurs qui se sont moqués de ma première compagne de lit, cher cœur ainsi que les personnes trop chères à lui, l’expression de tous mes honneurs… en
particulier l’expression d’honneur que vous envoie mon bras...