Partager l'article ! Prouve que tu existes: Une chose qui m’a toujours étonné concerne la faculté qu’ont les gens à inventer un glorieux passé à leurs a ...
Tadhg
Je passe le plus clair de mes nuits à nourrir
Des regrets et revivre
Un passé trop présent, je m'ennuie à mourir
Donc je m'occupe à vivre.
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Une chose qui m’a toujours étonné concerne la
faculté qu’ont les gens à inventer un glorieux passé à leurs aînés. Le culte du passé a de l’avenir.
Que ce soit chez les personnalités interviewées ou chez mes connaissances, y compris celles à qui je ne demande rien, toutes ont eu des grands-parents résistants pendant l’occupation teutonne. Il est pourtant de notoriété publique que les français de l’époque étaient en majorité soumis à la
tyrannie à petite moustache. Restaient alors quelques collaborateurs, c’est-à-dire ceux dont les idées penchaient extrêmement à droite ou à gauche
(on a tendance à oublier qu‘un bras tendu, même si le poing est fermé, reste un bras tendu), et quelques résistants, c’est-à-dire ceux dont les idées concernaient plus la liberté que la soumission au nazisme et au communisme. Et bien malgré tout, je tombe toujours sur les descendants
de héros. C’est quand même étonnant ! Pendant la promotion du film "indigènes", le comique au moignon Jamel Debouzze, pour trancher avec son rôle
d’Abraracourcix dans Astérix mission je détruis l‘atmosphère de la BD, interprétait un héros nord-africain venu sauver, en compagnie de ses collègues
de régiment, la France de l’occupant vers 1946 ou 1947. Le nain manchot expliquait, larme de crocodile au bord de l’œil, que son grand-père avait fait parti de ses glorieux soldats et que par ce film il entendait bien rendre hommage à ces oubliés de la République… qui lui
permettaient de remplir son compte en banque aujourd’hui. Je fus scié, pour reprendre une expression chère à Guillaume Depardieu, de voir quelques scènes du film qui m’ont tellement stupéfaites que je n’ai pas eu l’envie d‘aller
au cinéma gâcher ma journée. Voir Jamel, du haut de son mètre cinquante, en kaki, balancer une grenade, avec l’autre main dans la poche… c’est juste consternant. Le jour où un historien reconnu
me certifiera que les soldats maghrébins luttaient avec une main dans la poche, je regarderais cette daube. "La guerre ! C’est une chose trop grave pour la confier à des militaires" disait le
Tigre Clémenceau. L’Histoire ! C’est une chose trop grave pour la confier à des affabulateurs.
En ce qui me concerne, je ne parle que de ce que je sais. Qu’en est-il de cette époque dans ma famille ? Je vais vous le dire. Originaires des Flandres pour certains et de l’agglomération Lilloise pour d’autres, mes aïeux ne pouvaient que s’entendre avec les Nazis. La langue, la discipline et la beauté aryenne leur étaient proches, ajouter à cela le formidable sens de l’accueil des gens du Nord et vous trouverez la réponse. Dany Boon décrit à merveille les us et coutumes des autochtones dans son film propagande "Bienvenue chez les
ch’tis". Les ch’tis ont toujours eu le cœur sur la main (pour reprendre une expression que peut s‘approprier Jamel Debouzze, au contraire de "prendre son courage à deux mains"). Les ch’tis savent recevoir. Il en a toujours été ainsi. Pour preuve, mes grands-parents me racontaient jadis à
quel point les Allemands, vers 1940, avaient été surpris d’être accueilli à bras ouverts par la population nordiste. L’étranger est le bienvenu. Nous lui faisons découvrir les spécialités locales ainsi que nos habitudes. Ma grand-mère, dont Britney Spears n’a fait que reprendre le style crâne rasé qu’elle lança à la libération grâce au talent de coiffeur d’un résistant
d’après-guerre particulièrement courageux, me narrait cette coutume nordiste des années quarante : les ch’tis mâles accueillaient les nazis à bras
ouverts tandis que les ch’tis femelles les accueillaient à jambes ouvertes. Un p’tit coup au bistrot avec l’ami vinasse (on n’se quitte jamais / entendu qu’on est / tous deux natifs d’Arras / chef-lieu du pas-de-calais) et un p’tit coup au pieu avec l’amie chaudasse. Quelle belle époque !…
Si mes ascendants voyaient ceci, encore faut-il qu’il ne soit pas morts ou atteint d’un
glaucome (coucou mamie, je te fais signe sur les côtés), je prendrais deux baffes comme au bon vieux temps de mon enfance. C’est
faux, bien entendu ! Pendant la Seconde, mes grands-parents essayaient de sauver leur peau en n’ayant pas qu’elle sur les os. Ils fraudaient à droite, à gauche (sans être extrêmes) et se sentaient bien plus concernés par leurs survies que par la vie de millions de malheureux
juifs, homosexuels, soldats américains, nazis (je suppose qu’ils ont aussi eu des familles en deuil) et combattants ou non de tout pays. Par esprit
de contradiction, je me plais à m’inventer des aînés collabos. C’est bien plus drôle de mentir en
sachant qu’on ment plutôt que de mentir en étant persuadé d’être dans le vrai. Même quand je dis que
les ch’tis sont accueillants, je mens. S’ils l’étaient, pensez-vous qu’il y aurait encore des Sans
Domicile Fixe dans les rues septentrionales ? Pour Jamel, Dany et compagnie, ce qui compte c’est votre fric, et tous les moyens sont bons pour
arriver jusqu’à lui. Un chanteur pied noir qui en a deux (contrairement à "fils de" Gérard) fredonnait : "Les gens du nord ont dans le cœur la
chaleur qu’ils n’ont pas dehors…" … Je ne sais pas pour le cœur, mais en ce qui concerne le rectum, j’ai vérifié : 37,2°… et vous n’y
êtes pas
les bienvenus !
Sur ce, veuillez agréer, cher manchot, cher unijambiste, chers résistants
d’après-guerre, cher biloute, l’expression de tous mes honneurs… en particulier l’expression d’honneur que vous envoie mon bras…
Note de l’auteur (c’est-à-dire oim) : Je jure devant Monsieur Dieu que j’avais commencé la rédaction de ce
sympathique pamphlet avant la disparition du piètre acteur Guillaume Depardieu (je porte la poisse, je sais…). Après cette triste nouvelle pour sa famille mais bonne pour le cinéma, se posait
alors la question de modifier ou non ce texte. J’ai choisi de le laisser tel quel. Pour ceux qui seraient choqués, je conseille l’écoute de la chanson "Everybody loves you when you’re dead" de je
ne sais plus quel groupe…