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Mardi 14 octobre 2008 2 14 /10 /Oct /2008 17:10

Une chose qui ma toujours étonné concerne la faculté quont les gens à inventer un glorieux passé à leurs aînés. Le culte du passé a de lavenir. Que ce soit chez les personnalités interviewées ou chez mes connaissances, y compris celles à qui je ne demande rien, toutes ont eu des grands-parents résistants pendant loccupation teutonne. Il est pourtant de notoriété publique que les français de lépoque étaient en majorité soumis à la tyrannie à petite moustache. Restaient alors quelques collaborateurs, cest-à-dire ceux dont les idées penchaient extrêmement à droite ou à gauche (on a tendance à oublier quun bras tendu, même si le poing est fermé, reste un bras tendu), et quelques résistants, cest-à-dire ceux dont les idées concernaient plus la liberté que la soumission au nazisme et au communisme. Et bien malgré tout, je tombe toujours sur les descendants de héros. Cest quand même étonnant ! Pendant la promotion du film "indigènes", le comique au moignon Jamel Debouzze, pour trancher avec son rôle dAbraracourcix dans Astérix mission je détruis l‘atmosphère de la BD, interprétait un héros nord-africain venu sauver, en compagnie de ses collègues de régiment, la France de loccupant vers 1946 ou 1947. Le nain manchot expliquait, larme de crocodile au bord de lœil, que son grand-père avait fait parti de ses glorieux soldats et que par ce film il entendait bien rendre hommage à ces oubliés de la République… qui lui permettaient de remplir son compte en banque aujourdhui. Je fus scié, pour reprendre une expression chère à Guillaume Depardieu, de voir quelques scènes du film qui m’ont tellement stupéfaites que je n’ai pas eu l’envie d‘aller au cinéma gâcher ma journée. Voir Jamel, du haut de son mètre cinquante, en kaki, balancer une grenade, avec l’autre main dans la poche… c’est juste consternant. Le jour où un historien reconnu me certifiera que les soldats maghrébins luttaient avec une main dans la poche, je regarderais cette daube. "La guerre ! C’est une chose trop grave pour la confier à des militaires" disait le Tigre Clémenceau. L’Histoire ! C’est une chose trop grave pour la confier à des affabulateurs.


En ce qui me concerne, je ne parle que de ce que je sais. Qu
en est-il de cette époque dans ma famille ? Je vais vous le dire. Originaires des Flandres pour certains et de lagglomération Lilloise pour dautres, mes aïeux ne pouvaient que sentendre avec les Nazis. La langue, la discipline et la beauté aryenne leur étaient proches, ajouter à cela le formidable sens de laccueil des gens du Nord et vous trouverez la réponse. Dany Boon décrit à merveille les us et coutumes des autochtones dans son film propagande "Bienvenue chez les ch’tis". Les chtis ont toujours eu le cœur sur la main (pour reprendre une expression que peut sapproprier Jamel Debouzze, au contraire de "prendre son courage à deux mains"). Les ch’tis savent recevoir. Il en a toujours été ainsi. Pour preuve, mes grands-parents me racontaient jadis à quel point les Allemands, vers 1940, avaient été surpris dêtre accueilli à bras ouverts par la population nordiste. Létranger est le bienvenu. Nous lui faisons découvrir les spécialités locales ainsi que nos habitudes. Ma grand-mère, dont Britney Spears na fait que reprendre le style crâne rasé quelle lança à la libération grâce au talent de coiffeur d’un résistant daprès-guerre particulièrement courageux, me narrait cette coutume nordiste des années quarante : les ch’tis mâles accueillaient les nazis à bras ouverts tandis que les ch’tis femelles les accueillaient à jambes ouvertes. Un ptit coup au bistrot avec lami vinasse (on nse quitte jamais / entendu quon est / tous deux natifs dArras / chef-lieu du pas-de-calais) et un ptit coup au pieu avec lamie chaudasse. Quelle belle époque !…


Si mes ascendants voyaient ceci, encore faut-il qu
il ne soit pas morts ou atteint d’un glaucome (coucou mamie, je te fais signe sur les côtés), je prendrais deux baffes comme au bon vieux temps de mon enfance. Cest faux, bien entendu ! Pendant la Seconde, mes grands-parents essayaient de sauver leur peau en nayant pas quelle sur les os. Ils fraudaient à droite, à gauche (sans être extrêmes) et se sentaient bien plus concernés par leurs survies que par la vie de millions de malheureux juifs, homosexuels, soldats américains, nazis (je suppose quils ont aussi eu des familles en deuil) et combattants ou non de tout pays. Par esprit de contradiction, je me plais à minventer des aînés collabos. Cest bien plus drôle de mentir en sachant quon ment plutôt que de mentir en étant persuadé dêtre dans le vrai. Même quand je dis que les ch’tis sont accueillants, je mens. Sils létaient, pensez-vous qu’il y aurait encore des Sans Domicile Fixe dans les rues septentrionales ? Pour Jamel, Dany et compagnie, ce qui compte cest votre fric, et tous les moyens sont bons pour arriver jusquà lui. Un chanteur pied noir qui en a deux (contrairement à "fils de" Gérard) fredonnait : "Les gens du nord ont dans le cœur la chaleur quils nont pas dehors…" Je ne sais pas pour le cœur, mais en ce qui concerne le rectum, jai vérifié : 37,2°… et vous n’y êtes pas les bienvenus !


Sur ce, veuillez agréer, cher manchot, cher unijambiste, chers résistants d
après-guerre, cher biloute, lexpression de tous mes honneurs en particulier lexpression dhonneur que vous envoie mon bras…




Note de l’auteur (c’est-à-dire oim) : Je jure devant Monsieur Dieu que j’avais commencé la rédaction de ce sympathique pamphlet avant la disparition du piètre acteur Guillaume Depardieu (je porte la poisse, je sais…). Après cette triste nouvelle pour sa famille mais bonne pour le cinéma, se posait alors la question de modifier ou non ce texte. J’ai choisi de le laisser tel quel. Pour ceux qui seraient choqués, je conseille l’écoute de la chanson "Everybody loves you when you’re dead" de je ne sais plus quel groupe…

Par Tadhg
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