Adolescence ! Qu’es-tu, sinon un tombeau d’enfants ? Infâme mouroir de la pureté bambine, tu viens clore le passage le
plus tendre de l’âge tendre. Certains te voient comme un lien vers la vie adulte, je te considère comme une première mort. Il suffit de s’attarder sur les attardés qui te représentent pour me
comprendre, moi, pauvre adulte qui n‘a pas eu la malchance de te sentir passer. Ah, les jeunes ! Ces êtres si singuliers et pourtant si pluriels. Bêtises montées sur deux pattes dont le seul
objectif est de différer de parents qu’ils sont condamnés à imiter. A force de paraître différents, vous oubliez d’être et, en fin de compte, vous vous ressemblez tous. Est-ce la faute à la
bouillie brouhahahesque que vous faîtes endurer à vos esgourdes trouées de ferrailles, qui me font regretter la découverte du vaccin contre le tétanos, si votre stupidité dénuée de candeur que
des plus naïfs que vous seraient tentés de vous attribuer est si consternante ? Est-ce la faute à l’accoutrement que vous osez appeler tenue vestimentaire si vous peinez à vous éveillez aux vrais
sentiments que des anciens vivants, qui paraissent pourtant moins morts que vous, ont décrits en écrits, dépeints en peinture jusqu’à déchanter en chants pour les plus récents partis
?
Le jeune, rebelle à force de se le persuader, vêtu de vêtements soit trop larges, soit trop serrés, mal adaptés à son corps soit trop large, soit pas assez, erre en R.E.R, se désabuse en bus ou
se choisit une indépendante mobilité en mobylette. Une des races les plus énervantes étant ces skateurs squatteurs de lieux publics qui nous imposent outre leur insupportable présence, leur
débilité de laides acrobaties aussi réussies qu’un cadeau de fête de mère d’enfant trisomique manchot. Ces figures, et pas uniquement leurs acnéens visages, sont applaudies par leurs
insignifiants amis, calques les uns des autres, la mèche grasse couvrant un front plat qui ne laisse aucun doute sur leur quotient intellectuel, le piercing et le joint à la bouche, et bien sûr
le vide abyssal qui se lit dans l’orbite. Pour faire plus ‘tendance‘, le jeune se trouve un surnom moins démodé que celui que ses parents, anciens soixante-huitards néo-bourgeois, lui ont donné.
Maxence, Maxou pour sa mère, devient Max pour les potes. Anne-Clémentine De Châteaufort, Anne-Clém pour Daddy, devient ACDC quand elle enfile son déguisement gothique. Jean-Frédéric, orphelin
adopté par ses stériles parents de substitution, adopte le pseudonyme de Jeff quand il crie à ses geôliers « Vous êtes pas mes ramps, OK ! ». Et le leader et dealer du groupe d’amis, l’insipide Alexandre, P’tit con pour son père, anciennement Alex quand il ne sortait pas avec Alexandra, Princesse pour sa
maman, déjà Alex pour ses amies, ne l’oblige, par souci de non-confusion sur le répertoire des téléphones portables, à s’inventer assez ingénieusement son nouveau blase : Axel ! Le jeune est
compliqué, n‘est-ce pas ? Et toute cette petite bande se réunit n’importe où, mais trop souvent dans mon champ de vision, pour se sentir exister sur des roulettes, en attendant les autres
roulettes, celles de la maison de retraite. Et je le demande : Qu’est la pratique du skate-board sinon un écho de celle du patinage artistique, même s’il ne l’est guère, artistique ? Les
prouesses se succèdent, les patineurs assument leur ringardise, le doute plane moins longtemps qu‘eux en tenue à paillettes, les rouli-planchistes ne l’assument pas. Dans les années 80, Marty
McFly pratiquait déjà ce loisir et on pensait que les années 2000 verraient éclore des planches volantes. Que nenni ! Le skate est à l’image du skateur : il n’évolue pas ! Si le patineur est
ringard, le skateur est au stade au-dessus : il est beauf ! Ce n’est pas du tout la même chose. Le ringard a mauvais goût, le beauf a mauvais goût et impose son mauvais goût aux autres. Un fan de
Johnny Hallyday qui s’enferme chez lui pour écouter son ragoût est ringard. Le même fan qui fait hurler sa stéréo, fenêtres ouvertes, en reprenant
en chœur les insipides paroles de l’idole des anciens jeunes est un beauf. Le patineur fait ses conneries sur sa banquise aménagée. Le skateur les fait devant mes yeux… Le soir tombe, le chef de
la bande doit rentrer à la maison parentale. Le chef de famille a instauré un couvre-feu depuis que le jeune Axel, le couvre-chef vissé sur la tête, a été condamné par ses professeurs à faire une
troisième troisième. Car vous ne le savez peut-être pas, mais il triple Axel...
Sur ce, veuillez agréer, cher Maxou, chère Anne-Clém, cher orphelin, cher p‘tit con, chère princesse, chers calques, l’expression de tous mes honneurs… en particulier l’expression d’honneur que
vous envoie mon bras...