Pour bien clore ce blog d'ennui, l'auteur s'est autorisé à repasser sa vie un peu à sa façon. De sa naissance à sa renaissance. Que c'est long une existence.
(soupir)
1983 : La gauche est au pouvoir. Si Jésus est né quand le pouvoir appartenait à la Rome (antique), je me suis
contenté d’apparaître quand il était en possession de la Rose (en toc).
1984 : Ma première dent ! Je ne me souviens plus contre qui c'était.
1985 : Ma mère tente d’avorter, hélas trop tardivement
1986 : Le nuage de Tchernobyl s’arrête à la frontière. Les
douaniers regardent le ciel. Du coup les immigrés affluent par la route et la mer. C’est con, je préfère les nuages
1987 : Ma sœur voit le jour. Un nouveau monde s’ouvre à moi. Je ne
suis plus le préféré : les êtres de sexe féminin semblent naître pour empêcher mon bonheur.
1988 : Une poterie destinée à être cadeau de fête des mères porte l’indication «1988» ajoutée à mon prénom. Une triste année pour l’art.
1989 : Le mur tombe à Berlin. Le monde fait la fête. Je tombe à vélo. Le monde s'en fout.
1990 : J’ai un problème d’élocution. Je mélange les lettres et certains sons ne sortent pas. Ma mère, sur le conseil de mon instituteur, m’accompagne chez
l’orthophoniste. Tous les mardis à 11 heures, je quitte la classe pour mon cours particulier. Quand mes camarades me questionnent sur mes absences,
je suis incapable de prononcer correctement le métier de ma guérisseuse. On n’a pas idée d’appeler
cette profession : ortho… orfo… orfono… ornotofiste… ornicar… ok, j‘y retourne…
1991 : Le Père Noël, en qui je fais semblant de croire pour avoir des jouets, se trompe de cadeau.
J’ai demandé un ami avec qui je pourrais partager ma passion pour la non-violence, les gaufres à la vanille ou bien encore l’humour absurde, il
m’amène une voiture téléguidée. Le lendemain, je trouve une explication en découvrant des cendres dans la cheminée. Je fais mon deuil.
1992 : Je signe ma première licence de footballeur. Notre équipe n’a jamais gagné un match ! Même à l’entraînement… on faisait match nul.
1993 : Le PSG bat le Real Madrid 4-1 et je regarde le match en crypté. Non, il n’y a rien de drôle, je l’ai vraiment fait.
1994 : J’entre au collège. Je découvre ce que «classe agitée»
signifie. On me fait remarquer qu’un cahier de texte, c’est ringard et qu’un agenda, c’est cool. On me signale que les baskets à scratches, c’est
ringard et qu’avoir des baskets avec une lumière rouge qui clignote à chaque pas, c’est cool. On
m’indique que les pantalons avec des écussons cousus sur les trous, c‘est ringard et que les joggings
avec des boutons pressions sur les côtés, c’est cool. Je ne veux pas être cool.
1995 : Intrigués de me voir regarder Canal + le samedi soir en crypté, mes parents nourrissent des soupçons et me
privent de mes plaisirs nocturnes. «Mais, Papa, le Monsieur à la télé, il a mis un but » geins-je. «Mais non, fiston, oublie ce que tu as vu » rétorque mon géniteur «Le monsieur à la télé, il
n’a pas mis une pute ! Tu as mal vu !». Je me mets à porter des lunettes, mon père opte pour un appareil auditif.
1996 : L’année d’la
baise ! Pas pour moi.
1997 : Je prends la main d’une fille. Hélas, c’était dans la gueule.
1998 : L’équipe de France de football remporte la coupe du monde.
La République de France devient «black, blanc, beur». Je manifeste aux côtés des Français d’origine asiatique qui sont, une fois de plus, les grands
oubliés de cette hypocrisie politique et sportive.
1999 : L’année d’la
meuf. Je tombe à Moureux. Je me suis fait mal.
2000 : La fille de ma classe qui a le plus de classe me demande d’approcher ma chaise de la sienne pour serrer son sac et ainsi éviter qu’il ne gise au sol. Je m’exécute. Quatre mois plus tard, alors qu’elle n’est plus célibataire, je comprends tardivement
qu’elle voulait que je serre autre chose que son sac. Je m‘exécute. J’opte pour la pendaison. Il n’y a pas de corde, je prends un élastique. J’ai mal au crâne pendant des mois.
2001 : En ce Mardi 11 Septembre, je reviens du Lycée où j’ai encore
passé une journée passionnante. J’allume la télévision et j’apprends que deux avions ont percuté deux
tours : je m’en fous. Le flash spécial se poursuit et TF1 déprogramme Melrose Place : je suis effondré.
2002 : L’équipe de France de football est éliminée au premier tour
de la coupe du monde. Mes oraux du Bac coïncident à la minute près avec le début des matches des Bleus. Pour me remonter le moral, Jean-Marie Le Pen atteint, lui, le second tour.
2003 : Je participe bénévolement au Téléthon. Je dois inciter les gens à acheter les marques «marraines» dans un
supermarché. On me colle au rayon «produits frais» pendant deux jours. J’attrape un rhume. A la réunion de bilan, l’ambiance est détendue. Plein de confiance en moi, je lance un caustique «Quand je pense que j’ai chopé la crève à cause
de ces fainéants d’enfants handicapés qui passent leurs journées en fauteuils…». C’est, à ce jour, le plus gros bide de ma carrière d’humoriste.
2004 : Ma petite amie, qui avait pourtant fait preuve de raffinement en me choisissant, s’éprend d’un jeune de banlieue avec les chaussettes qui montent sur le jogging Lacoste et pour qui formuler une phrase
comprenant un sujet, un verbe et un complément (voire même un compliment) semble insurmontable (en tout cas moins que ma dulcinée). L’année suivante,
Nicolas Sarkozy veut nettoyer les banlieues au Kärcher. Je trouve le candidat qui saura refouler ma rancœur.
2005 : Rien.
2006 : Mon chat meurt écrasé par un chauffard. Les dernières paroles que je lui ai adressées quelques heures avant le drame,
alors qu’il faisait des huit entre mes jambes, furent «Ah ! Tu m’fais chier ! Dégage !». Accident ou suicide ?
2007 : Je reste stupéfait en regardant par hasard les informations sur France 3 région : le journaliste accueille comme invité
mon parfait homonyme (nom et prénom… mais heureusement pas mon sosie…) qui vient défendre l‘écologie. Le présentateur semble me poser les questions. Les cinq minutes les plus délirantes de cette
année… les seules d’ailleurs.
2008 : A mon grand étonnement, j’aperçois un cheveu gris dans ma splendide chevelure. La fin est proche !
2009 : Les années qui finissent en «neuf» sont synonymes de chute chez moi. J'ai peur...
Les années en "5" sont entièrement fausses.
Les premières phrases de toutes les autres années sont véridiques. Les phrases qui suivent sont un subtil mélange de vrai et de faux.... Les gens qui me connaissent vraiment sauront discerner.
Personne ne saura discerner.